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RÉSEAU sur la Borréliose de Lyme en France, ses Co-Infections et les Maladies vectorielles à Tiques Construction collaborative d'une information critique contre le déni

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Borrelia : la re-naissance d'une bactérie

...ou Comment la borréliose est devenue étrangement la « maladie de Lyme ».

Première partie : Une « vieille histoire » sur un « vieux continent »

Fin du XIXe et premières années du XXe siècle: de l’ACA à la découverte du spirochète responsable !

Une bestiole connue depuis longtemps en Europe
Depuis déjà bien des lustres, en 1883, un médecin allemand de Breslau, Alfred Buchwald avait publié le cas d’une jeune femme de 36 ans atteinte d’une maladie de la peau qu’il désignait sous le terme d’ «atrophie cutanée, diffuse et idiopathique», (in Archives Dermatol. Syph. 10 :553-556). Aujourd’hui, cette maladie est nommée ACA (Acrodermatite chronique atrophiante), dernière phase d’une borréliose non suffisamment ou correctement traitée et qui constitue, d’après l’ILADS [1] et l’IDSA [2] (pour une fois en osmose) la seule manifestation visible n’engendrant aucun examen sérologique superflu avec l’E.M. (érythème migrant) et validant une infection active à Borrelia.
Durant 3 décennies, de 1883 à 1913, une douzaine de médecins allait rendre compte de symptômes cutanés récents et chroniques identiques.
Dès 1902, K. Herxheimer[3] et K. Hartmann publient : Über Acrodermatitis chronica atrophicans und ihre pseudo-dermatischen Formen. (Sur l’ACA et ses formes pseudo-cutanées – in Archives Dermatol. Syph. 149:142-175)

Son nom de "Borrelia"
Borrelia Description espèceEt c’est en 1907 que fut créé le nom de Borrelia, nom attribué par le Dr suédois Nicolaas Hendrik Swellengrebel (1185-1970), bactériologiste et spécialiste des protozoaires. Dans le cadre de la bactériologie, il étudiait les spirochètes (classées alors dans les protozoaires), et contribua à l’acceptation de la Treponema pallidum comme agent causal de la syphilis alors que cela était encore mis en doute à cette époque. C’est lui qui définit alors un genre de spirochète distinct du T. pallidum qu’il baptisa Borrelia en l’honneur de son confrère français Amédée Borrel (1867-1936), microbiologiste, professeur et co-fondateur du Bulletin de l’Institut Pasteur.

Des tiques aux humains

Relations tiques, érythème migrant et infections
En 1909, un dermatologue suédois, Arvid Afzelius rendait compte de ce que nous appelons maintenant l’Erythème migrant (Erythema migrans, en raccourci E.M.). Puis, 12 années plus tard, il publiait une étude faisant la relation entre ces manifestations cutanées et la piqûre de tique, (la tique à pattes noires du type Ixodes scapularis) tout en y décrivant également des signes méningés. (Source : Archives Dermatol. Syph. 101:404; 1910)
En 1913, B. Lipschütz écrit un article sur ce fameux E.M. : Uber eine seltene Erythemform (Erythema chronicum migrans); in Acta Dermatol. Syph. 118 :349-3569.
Ixodes_scapularisWiki.jpgEt dans les années 1920, Charles Garin (la souche garinii lui fut attribuée en 1992) et Charles Bujadoux, deux médecins français, confrontés à des patients atteints d’E.M. avec en plus des symptômes mimant la méningite sont persuadés que ces symptômes sont provoqués par un spirochète, sans pour autant être celui de la syphilis. Ils désignent alors la maladie en tant que «paralysie par les tiques » (publication en 1922 : J. Med. Lyon 71 :765-767).
En 1928, la bactérie allait aussi être mise à jour lors d’autopsies par Steiner à l’université de Heidelberg dans le cerveau de malades décédés de ce que l’on appelait alors «la multiple sclérose». Bien qu’elle fût apparentée à un spirochète et différenciée de celle de la syphilis, la bactérie n’avait pas été baptisée. (Rapport du 15 août 1928 dans Nervenarzt ; Heft 8 : Spirochäten im menschlichen Gehirn bei multipler Sklerose).

Premières études sur les patients
Des années 30 aux années 40, plusieurs articles scientifiques se succèdent dont en 41, un article paru dans Archives Psychiatriques Maladies nerveuses, qui commencent à mettre l’accent sur ces bactéries.
1934: Hellerström S. : Beitrag zur Pathogenese des Erythema chronicum Afzelii, Acta Derm. Venereol. (Stockh) 14 :517
1941 : Bannwarth A. : Chronische lymphocytäre Meningitis, entzündliche Polyneuritis und „Rheumatismus“. Arch. Psychiatr. Nervenkr. 113:284-376
1948 : Lennhof C : Spirochaetes in aetiologically obscure diseases. Acta. Derm. Venereol. (Helsinki) 28:295-324’’
Le vieux continent est déjà au travail sur ce spirochète très particulier avec les premières enquêtes de terrain, les premières thérapies expérimentées et les premières sérologies...
En 1949, une étude en Europe sur 57 patients atteints de cette maladie de peau (que nous nommons aujourd’hui : ACA) démontre que la pénicilline est un bon traitement. Sur l’ensemble du panel, 7 sont guéris, 28 ont des améliorations nettes, 5 montrent une très faible amélioration. (Source "borreliose-initiative-berlin-brandenbourg"). Puis en 1950, G.-E. Bianchi publie Die Penicillinbehandlung der Lymphocytome (in Dermatologica 100:270-273). En 1953, une étude sur 65 patients révèle que 58 ont très bien répondu à une thérapie de pénicilline (Incidence, clinical picture, therapy and etiology of erythema chronicum migrans, Med. Klin. (Munich, Dr Janson)’’.
Et en 1954 T. Grünenberg commence à parler de «Résultats sérologiques surprenants» dans Auffällige serologische Befunde bei Acrodermatitis chronica atrophicans Herxheimer / Klin. Wschr 32 :935-936)’’.

Rédaction RBLF : La bactérie est bien là, repérée et suivie sous le microscope des scientifiques européens, la maladie est bien présente et ses symptômes commencent à être répertoriés, des thérapies voient le jour dans de premières expérimentations positives. Mais à la veille de mettre un nom définitif sur ces pathologies, l’Europe se verra distancée, puis écartée de cette découverte. Pourquoi, comment ?
C’est ce que nous verrons dans le prochain épisode : «L’Amérique !»[4]

Notes

[1] ILADS : International Lyme and Associated Diseases Society (Société internationale sur Lyme et les maladies associées. USA). http://www.ilads.org

[2] IDSA : Infectious Diseases Society of America (Société américaine des maladies infectieuses). http://www.idsociety.org|http://www.idsociety.org/Index.aspx

[3] Herxheimer : Il fut un des plus éminents dermatologues de son temps et un thérapeute hors pair. Il a promu la dermato-histologie. Il a décrit (tout comme son collègue Adolf Jarisch), la réaction causée par la pénicilline au début d’un traitement de la syphilis l’attribuant à la mort subite des spirochètes libérant des toxines. D’où ce nom de "herx" pour décrire aujourd’hui les réactions aux médicaments contre la Borrelia.

[4] NDLR : ©Cet article est propriété de son auteur qui signale que les renseignements fournis proviennent en majeure partie du livre de Birgit Jürschik-Busbach : ’’Die verschwiegene Epidemie’’ (Ed° 9Leben, 2011) avec son aimable accord.

ELS (rédacteur invité)

Rédacteur: ELS (rédacteur invité)

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