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RÉSEAU sur la Borréliose de Lyme en France, ses Co-Infections et les Maladies vectorielles à Tiques Construction collaborative d'une information critique contre le déni

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Reportage Lyme sur Arte : "Les Fourberies de Carabin"

Arte_ReportageLyme.pngMalhonnêteté intellectuelle, c’est ce qui ressort du "documentaire" que nous a servi Arte le 3 mai 2012 sur la maladie de Lyme, dont le sous-titrage ne laissait rien présager de bon: "Danger réel ou imaginaire?".
Mais on pouvait rêver. Il est exact que la chaîne Arte, dans ses grandes heures, a produit des fruits de haute tenue; il est vrai aussi qu’elle a cultivé les navets soporifiques, dont les éternels docus archéologiques qui meublaient parfois les fins de soirées hivernales. On en était là. D’ailleurs cet hiver lorsque un membre ReBL avait été interviewé pour ce reportage, tout nous semblait devoir se passer au mieux pour qu’un juste reflet de la situation soit pris en compte. Nous attendions. Sans crainte ou presque. Nous n’étions pas les seuls.

Car un nombre très important de personnes, malades entre autres, s’était donné rendez-vous devant le poste à une heure bien tardive pourtant. L’impatience était grande d’un document pouvant faire date, mettant l’accent sur les problèmes et questions que pose la maladie, voire peut-être contribuant à réveiller les consciences médicales. Faut-il être rêveur ? Ou stupide ? Ou simplement malade rejeté par la science officielle ?
Sur le site d’Arte un dossier conséquent venait appuyer l’idée - qu’on ne voulait voir encore, mais que laissait déjà transparaître la présentation de Télérama -, d’une maladie rare ou sans problème. Cependant que la chaîne culturelle, dans un "bonus" sur son site, "la situation en France", avait étrangement demandé des renforts à l’infectiologie française.
À la mesure de cette attente, a éclaté non la simple déception mais surtout la colère. Après les affaires alsaciennes, ce documentaire en remettait une couche. Cette fois c’est très directement qu’étaient visés les malades, borrélien/nes, chroniques, encore une fois proclamés publiquement "hypocondriaques" à la face du monde (!) et par un média réputé sérieux jusque là...
Hypocondriaques ? L’étymologie de ce terme lui-même en dit long sur les difficiles relations entre les médecines officielles et la réalité du vécu des malades, et ce depuis toujours... 

TRM250412Lyme.pngHupokhondrios, «sous les cartilages» dit le dictionnaire. Les hypocondres sont "chacune des parties latérales de l’abdomen, situées sous le bord inférieur des côtes", écrit Cuvier. À la même époque, l’adjectif sert à dénommer cette ’’affection mélancolique ou hypocondriaque, qui semble être une réunion de tous les maux imaginables, où toutes les parties du corps sont dans un état de souffrance sans lésion manifeste, ni évidente. (Geoffroy, Méd. pratique,1800; Source : cnrtl)
Cette zone étant hors d’atteinte par les médecins, et la connaissance du corps humain étant alors peu développée, (les malades) étaient donc pris pour des individus souffrant d’une maladie fictive. Et cet auteur de l’article wikipedia de penser que le mal pouvait être dû a des calculs bien réels mais indécelables en l’état de la science. Les atrabilaires ont toujours tort.

D’hypocondriaques à "psychiatriques" il n’y a qu’un pas que savent très bien franchir ceux qui ne veulent pas avouer ne pas savoir. Ne pas savoir. Mais surtout ne pas dire qu’on ne sait pas. Ne pas dire que la science est parfois ignorante, souvent impuissante. 
C’est toujours ce blocage épistémologique qui perdure. Déni du déni.

C’est le parti pris qu’avait adopté le journaleux sous prétexte de certification médicale. Les études de médecine mènent à tout, comme du reste toutes les études, et l’habit ne fait pas le moine, encore que, dans ce cas, les malades de Lyme n’ont souvent que peu de soutiens parmi le corps médical. 
Arte_Lyme_extrait1.pngToujours est-il que d’un point de vue formel le documentaire n’avait de documentaire que le nom que lui attribuait Arte. Reportage tout au plus, "micro-trottoir" serait plus exact. Succédant à un prélude proche du Fantactic Voyage de Richard Fleischer et destiné à cautionner sa fiabilité scientifique, ce fut un flot de lieux communs, d’inexactitudes, approximations et grossières erreurs comme savent en faire ceux qui ne maîtrisent pas leur sujet, collé à une forme filmée à peine digne d’un étudiant en première année d’audiovisuel et encore. Les mimiques du reporter en contrechamp des positions des interviewés donnaient tout à voir, et selon le parti, une désapprobation implicite, ou une entente franche avec la personne. Les commentaires off ne laissaient non plus aucun doute et l’utilisation du terme pèlerinage à propos des voyages des malades jusqu’à Augsburg montrait à un apprenti réalisateur comment détourner d’un simple mot accusateur, glissé innocemment, la crédibilité des propos qui suivront. Ainsi de tout ce qui a été filmé et avec cette façon consternante et vicieuse de filmer. 
En matière de connaissances, le compte n’y était pas et de loin. C’était plutôt le degré zéro de la science. 

D’ailleurs question science, le spectateur au mieux s’il était innocent pouvait être leurré, au pire, s’il avait quelque entendement de la question, pouvait être outré. Que d’inexactitudes ! Que de raccourcis ! Que de thèses tronquées ! En bref, que de malhonnêteté intellectuelle et scientifique ! A fortiori pour un discours se voulant médical.
Comment même était-il possible de laisser passer des bêtises aussi énormes que celles qui ont émaillé les discours des "références" en matière de santé: le nombre de tiques infectées rarissime alors que l’INVS et l’UE alertent sur une pandémie ? L’absence d’anticorps révélant à coup sûr l’absence d’infection alors que les bactéries utilisent des formes sournoises kystiques ? Le pourcentage (90%) d’érythèmes migrants apparaissant forcément chez les personnes atteintes alors que 40 à 60% au maximum surviennent ? La guérison "miraculeuse" d’une neuro-borréliose après quelques semaines d’antibiotiques alors que les états chroniques perdurent des années ?

La "thèse" défendue et développée grossièrement était énoncée vertement dans le reportage par une dermatologue de choc, sortie de sa retraite pour l’occasion mais hier encore signataire des "Leitlinien" allemands issus des "Guidelines" de l’IDSA : Arte_Lyme_extrait3.png

C’est une maladie infectieuse, qui comme rarement en médecine, est bien connue. Nous connaissons, le vecteur; nous connaissons l’agent pathogène; nous savons comment la diagnostiquer; et nous pouvons la traiter. Où est le problème ?

Ébahissement dans les chaumières ! Morceau d’anthologie à conserver sur le disque dur de la Science avec un grand S.

Aucune référence internationale contradictoire n’est venue étayer cette forte position. A vrai dire, il n’y a pas même eu d’arguments concernant un quelconque débat contradictoire qui préexisterait à ce film, hors de ce film, hors d’Allemagne par exemple. Jamais les deux thèses opposées, IDSA et ILADS, n’ont été ni présentées ni seulement évoquées. De plus toute la partie française et ses enregistrements avaient été proprement supprimés.
L’art de ce reportage bâclé, si on veut bien lui décerner un oscar, consistait sans doute à de ne pas aller au fond du problème. Ne pas y aller, jusqu’à l’ultime tour de force scientifique de ne pas mentionner de controverse à ce sujet, alors que celle-ci fait rage et se pose comme LA question en débat. Taire LA question est le summum du déni. Et pourtant les malades en connaissent déjà un bon bout. Mais pas de controverses donc pas de problème ! Pas de vagues, pas de maladie. CQFD. Juste quelques malades illuminés, hystériques, de pauvres êtres fragiles et perdus, hypocondriaques tombés dans les mains de charlatans.

barus026b.jpgEn conclusion du reportage, la caméra s’attardait sur la chambre d’une malade dans un service où officiait un grand ponte neurologue. Celui-ci déclarait cette patiente sur pieds rapidement avec sa neuro-borréliose. Un mur était orné d’une croix... Il s’agissait sans doute d’une clinique confessionnelle privée, car peu de patients ont le loisir de décorer leur chambre de leur propre chef. La foi sauve donc... la médecine. Tient-elle désormais lieu de connaissance ? On ne s’étonne plus qu’hormis l’asile, c’est parfois vers Lourdes que les "spécialistes" français envoient leurs patients. Le reporter aurait dû l’annoncer immédiatement; son "travail" à décharge aurait été superflu.

La médecine sous les auspices de "documents" de ce genre ne pourra certes pas gagner en crédibilité. Mais malheureusement les malades non plus. Le pire de ce reportage c’est qu’en lieu et place d’un exercice de compréhension du problème, il fabrique une machine de casse des individus. Innocence ou bêtise ? Inconscience ou volonté de dispenser le mal ? Quoi qu’il en soit, il sape bien des efforts et investissements personnels et collectifs pour faire entendre la réalité des douleurs de vrais malades. Faut-il donc s’en attrister ? Ou se réjouir qu’un tel produit de l’ignorance ne puisse pas tenir la route bien longtemps ?

Les commentaires consternés mais le plus souvent empreints de colère se sont vite manifestés face à cet affligeant et désobligeant pensum de potache. De nombreux courriers de malades ulcérés, ici comme outre-Rhin, ont inondé Arte.
Arte_Lyme_extrait3b.pngL’Association France Lyme a envoyé une lettre ouverte à la chaîne. En même temps la DBG, l’association de médecins et chercheurs allemands, ainsi que la BFBD, association de patients, attaquaient également l’objet du délit.
Pendant ce temps on assistait à une étrange montée aux créneaux de tout un staff de la "partie IDSA" pour défendre les positions du reporter-médico, côté allemand comme côté français. Mais de quoi / de qui ont-ils peur ? Des activists de l’anti-science! avec leurs associations ouvertement visées. Un comble de reprocher aux malades d’être malades et de vouloir être soignés... Un comble pour la médecine de rejeter la souffrance.

Et la rédaction d’Arte, s’enferrant de plus belle, se fendait sur son site allemand d’un article de justification, ’’Stellungnahme’’, portant secours à son pauvre envoyé spécial, à ses médecins et à l’IDSA tout à la fois; article démonté brillamment sur le plan médical par un membre de la DBG qui postait un commentaire.
À la parution de ce plaidoyer pro domo, le RBLF laissait aussi sa contribution, plusieurs jours avant qu’elle ne soit validée... Vous la retrouverez, ainsi que d’autres réactions notables, dans l’article : "Arte couvre le documentaire sur Lyme: tempête !"

Il ne semble pas que l’affaire soit close. La fermeture d’esprit, l’étroitesse de vues, la rigidité sur des positions caduques ne feront que dénoncer les tenants du déni de la maladie.
Le refus systématique des questionnements doit céder la place aux recherches et études contradictoires impartiales dans l’unique but de soulager les malades et non de les enfoncer comme cela vient de se passer d’une manière honteuse dans ce simulacre d’objectivité.
Vivement un autre discours et une autre façon de faire de la médecine. Arrêtons les fourberies et refusons les médecins Imaginaires.

SpeedRocket /ReBL

Rédacteur: SpeedRocket /ReBL

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