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RÉSEAU sur la Borréliose de Lyme en France, ses Co-Infections et les Maladies vectorielles à Tiques Construction collaborative d'une information critique contre le déni

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Le Consensus français de 2006 sur la Borréliose de Lyme

Le Consensus français de 2006 est le texte qui rend impossible l’évolution de la situation: copié sur des Guidelines américaines, il impose le repérage d’un type de symptômes spécifique et un cadre de traitement étroit fixé à partir d’une pathologie précise. Outre le fait qu’il fait se durcir les positions de ses rédacteurs totalement sourds au débat contradictoire médical réclamé sans effet, il plonge dans le néant ceux qui ont besoin d’être soigné. Attitudes irrationnelles de scientifiques que tout aujourd’hui décrédibilise. Isolement des médecins devant la réalité de la pathologie. Désespoir des victimes.

Pour comprendre en détail l’arrivée des Guidelines sur le sol européen, on pourra lire l’article complet du RBLF: Comment une bactérie peut-elle diviser le monde scientifique ? Partie V- "IDSA over the World". -

Qu’est-ce qu’un Consensus ?

Ce terme n’est pas spécifique au domaine médical. Il existe des Consensus informatiques par exemple. Le but en est la recherche d’une validation technique experte. On y trouve donc des experts...
En l’occurrence pour la Borréliose, le Consensus est une étape possible dans les recommandations professionnelles scientifiques françaises:

  • La recommandation pour la pratique clinique, méthode la plus souvent utilisée;
  • Le Consensus formalisé d’experts, moins connu, mis en place par la HAS en janvier 2006 (publié en mars 2006), en l’absence de données de fort niveau de preuves;
  • La Conférence de Consensus, destinée à produire des recommandations en définissant, au terme d’un débat public, une position consensuelle dans une controverse portant sur les modalités d’une prise en charge de santé. Une audition publique, réunissant experts, professionnels de santé et usagers, peut avoir lieu lorsque des questions de santé publique sont en jeu. Elle présente un rapport d’orientation définissant d’abord l’état des connaissances et proposant des orientations en santé publique, des recommandations, etc…

De ces trois démarches labellisables par la HAS, c’est sans aucun doute le Consensus qui possède la plus grande garantie pour les médecins, puisque qu’il constitue un « standard or » avec valeur juridique opposable en cas de procédure juridique pour faute professionnelle. La Conférence de Consensus est naturellement plus ouverte et normalement n’a pas valeur obligataire.

Une Conférence de Consensus pour quoi faire ?

Les explications qui vont suivre donnent le cadre professionnel d’une Conférence.[1]

  • « Une Conférence de Consensus vise à dégager au sein de la communauté concernée les points d’accord et de divergences relatifs à une intervention de santé, qu’il s’agisse d’une procédure diagnostique ou d’une stratégie thérapeutique ou d’aspects liés à l’organisation du système de santé dans notre pays ».
  • « La conférence se déroule sur 3 jours 1/2. La première partie est consacrée à la réunion d’un forum public ouvert à toutes les personnes concernées. Durant cette réunion, les experts exposent les données de la littérature et leur expérience personnelle, et les discutent avec le jury et le public. »
  • « Le jury : 8 à 16 membres choisis par le comité d’organisation, multidisciplinaire (médecins, chercheurs, méthodologistes, représentants des domaines éthique, économique ou législatif et représentant du grand public), expert dans le domaine, sans position connue sur le sujet traité, informé de la méthodologie par le comité, informé sur le thème par la bibliographie et le texte des experts, pouvant acquérir des informations supplémentaires auprès des experts, élabore les recommandations à huis clos, distingue ce qui relève de la présomption de ce qui est établi scientifiquement, tient compte avec objectivité des mentalités et des différents avis exprimés par les experts et le public. »

L’indéboulonnable Conférence de Consensus de la Borréliose de Lyme...

La 16e Conférence de Consensus en thérapie anti-infectieuse a pour titre: «Borréliose de Lyme: démarches diagnostiques, thérapeutiques et préventives». C’est une première. Elle a lieu le 13 décembre 2006 à l’Institut Pasteur de Paris et est réalisée sur l’instigation de la SPILF (Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française)[2] et de son président: Jean-Paul Stahl.
16eConf_p2.pngElle se compose comme suit :

  • Président du Comité d’organisation: Daniel Christmann (CHU de Strasbourg, Médecine interne);
  • Membres du Comité d’organisation: O. Chosidow, P. Clavelou, B. Jaulhac, JL Kuntz;
  • Président du Jury : Patrick Choutet (CHU Infectiologie de Tours), Membre du groupe anti-infectieux de l’AFFSAPS, Membre de la commission qualité et diffusion de l’information médicale de la HAS, Médecin national de la MSA, Président de l’institut national de médecine agricole;
  • Membres du Jury: P. Bernard (Hôpital de Reims); P. Couratier (CHU de Limoges); R. Dhöte (Hôpital de Bobigny); C. Francès (Hôpital de Tenon, Paris); J. Jourdan (Nîmes); M. Kopp (Illkirsch); J. Malaval (Pleaux); B. Quinet (Paris) ; J. Sibila (Hautepierre, Strasbourg) ; C. Tranchant (CHU de Strasbourg); P. Zachary (Biologiste, Altkirch).


Cette assemblée va signer le premier Consensus français concernant le diagnostic et le traitement de la Borréliose en avalisant pratiquement toute la directive de l’IDSA. (les Guidelines de février 2006, publiées en novembre de la même année.) [3]. Depuis 2006, ce texte n’a pas bougé d’un iota, malgré la mise en examen de l’IDSA en 2008 et la reconnaissance officielle, le 1er mai de la même année, des conflits d’intérêts de la plupart des signataires de cette dernière.

Les mystères d’un consensus unilatéral

On remarque que cette Conférence est organisée par la SPILF seulement dix mois après l’élaboration des "Guidelines" de l’IDSA (février 2006) et un mois après leur parution officielle. Une conférence de consensus demandant normalement au préalable des mois de préparation, des questions surgissent.

  • Quel est le rapport entre le cadre officiel professionnel d’une Conférence de Consensus et le déroulement de cette étrange 16e conférence ?
  • Pourquoi cette Conférence de Consensus aboutit-elle à un copié-collé du texte de l’IDSA ? (la conférence n’a duré qu’un seul jour...)
  • Pourquoi les experts français n’ont-ils pas été convoqués, notamment ceux qui appliquaient les directives de l’ILADS ?
  • Pourquoi n’y a t–il pas eu de débat public ?
  • Où se situe l’impérieuse nécessité d’une conférence et de son consensus, dès lors que, 6 années plus tard, la Borréliose, cette "petite infection", est toujours et encore "rare"?

Scientifique, pas scientifique ?

Quelle est l’échelle de niveaux de preuves scientifiques appliquée aux Consensus en France ? La HAS définit 4 niveaux depuis "Preuve scientifique faible" jusqu’à "Preuve scientifique établie".[4] Mais rien n’a percé d’une quelconque attribution de grade pour ce qui réglemente les recommandations qui en sont issues. [5]
On peut alors se demander si un tel texte de Conférence possède une valeur réglementaire. De fait, si cette Conférence de Consensus a appliqué la méthodologie réglementaire de l’ancienne ANAES (Agence Nationale d’Accréditation et d’Evaluation en Santé)[6] aujourd’hui HAS (Haute Autorité de Santé), et si la validation du processus a été effectuée, cela lui confère de bonnes garanties et le texte n’est pas démuni de valeur pratique. Cela conduit à ce que le médecin outrepassant ce Consensus doit être en mesure de prouver que des traitements différents de ses recommandations le sont dans l’intérêt du patient. C’est ainsi que le risque existe bel et bien de prolonger la prescription d’antibiotiques au-delà des 28 jours recommandés. D’où les rappels du Conseil de l’Ordre, convocations et amendes à l’encontre des "charlatans", les praticiens qui traitent les malades chroniques.[7]


Le Consensus français de 2006 est le texte qui rend impossible l’évolution de la situation: copié sur des Guidelines américaines, il impose le repérage d’un type de symptômes spécifique et un cadre de traitement étroit fixé à partir d’une pathologie précise. Outre le fait qu’il fait se durcir les positions de ses rédacteurs totalement sourds au débat contradictoire médical réclamé sans effet, il plonge dans le néant ceux qui ont besoin d’être soigné. Attitudes irrationnelles de scientifiques que tout aujourd’hui décrédibilise. Isolement des médecins devant la réalité de la pathologie. Désespoir des victimes.

Pour comprendre en détail l’arrivée des Guidelines sur le sol européen, on pourra lire l’article complet du RBLF: Comment une bactérie peut-elle diviser le monde scientifique ? Partie V- "IDSA over the World".

MAJ 11/08/17

Notes

[1] Conférence de consensus, en France. Source Site "Repère médical".

[2] SPILF, Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française. cf. site de la SPLIF.

[3] Texte court de La Conférence de consensus de 2006 et version longue

[4] Source: Collège national des gynécologues et obstétriciens français (Cngof).

[5] A la différence de l’Allemagne concernant le diagnostic et le traitement de la Borréliose où les exigences des recommandations sont faibles. Les médecins outre-Rhin ont plus de latitude que les médecins français à qui l’on a imposé d’emblée et rapidement des restrictions beaucoup plus radicales.

[6] ANAES : Agence Nationale d’Accréditation et d’Evaluation en Santé. Organisme public d’Etat fondé en 1996 sous le nom d’ANDEM, puis ANAES, absorbé par la HAS (Haute Autorité de Santé), créée le 13 août 2004; Le terme «accréditation» a été remplacé par «certification» en application de la loi du 13 août 2004.

[7] Ecouter à ce propos ce que dit un médecin généraliste interviewé dans le film d’Adrien Dumont ++La Grande Imitatrice++.

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